
“Tatie, j’ai peur...”
- Dominique Bergiers

- 17 déc. 2025
- 2 min de lecture
(Lettre à ma nièce de 15 ans)
Ma chérie, je t’entends.
Le monde voudrait te faire croire que tu exagères. Que tu imagines. Qu’ici on n’est pas aux États-Unis. Qu’ici le racisme n’existe que dans notre tête.
Mais toi, tu sais. Ton corps sait. Et ton cœur aussi.
Adamo abattu par la police à Namur. Le monsieur tabassé dans le bus à Liège.
Le monsieur à qui on essaie de voler son sac mais que c’est lui qu’on soupçonne tout de suite, sans l’écouter, alors même qu’il proposait qu’on ouvre le sac pour vérifier qu’il s’agissait bien de ces affaires à lui.
Le petit Mathis, 9 ans, plaqué au sol par des policiers devant sa maman. Et bien d’autres. Beaucoup trop.
Ton parrain est policier. Je me demande ce qu’il te dit dans ces moments-là…
Toi, tu vois les images. Tu entends les récits. Tu captes les silences aussi.
Tu n’es pas censée porter ça. Tu n’es pas censée avoir peur de celles et ceux qui sont supposés te protéger.
Tu devrais avoir droit à l’insouciance. À la protection. À la douceur. À l’enfance, tout simplement.
Sache une chose, ma chérie. Ta peur n’est pas une faiblesse. Elle est le signe de ta lumière. Elle est le signe que tu vois clair dans un monde qui refuse de se regarder en face. Elle est la preuve que tu ressens, que tu es profondément humaine. Et ça personne ne pourra jamais te l’enlever. Jamais.
“Tatie, j’ai peur…”
J’enrage parce que tu n’aurais jamais dû avoir à dire ces mots ni à les ressentir. Pendant que certains débattent, minimisent, relativisent, moi ça me révolte que tu doives déjà intégrer la peur comme un réflexe de survie.
Sache, ma chérie, que mon amour est féroce. Et que je refuserai toujours qu’on vous enlève le droit d’être des enfants. Je me battrai jusqu’à mon dernier souffle pour que vous puissiez grandir sans peur.
Ce feu ne s’éteindra pas.
Pas tant que vous n’aurez pas la paix, la sécurité, et l’enfance que vous méritez.
Je t’aime.



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